Introduction
Achille dans la tradition antique : un héros d'épopée : - l'humanité d'Achille- un être hors normes
Figures modernes d'Achille : - le héros moderne dans Troie - Achille Talon, un anti-héros
Iconographie antique et moderne
Références et liens
 
 

L'humanité d'Achille

L'histoire d'Achille s'inscrit dans la géographie grecque, son parcours peut être suivi sur une carte. Il est né à Larissa, ville de Thessalie dans la région sud de l'Olympe. A l' âge de six ans il part sur la montagne Pélion, sur la presqu'île de Thessalie, chez Chiron pour son éducation. Puis la mère d'Achille, Thétis, ne voulant pas perdre son fils, s'il participe à la guerre de Troie, l'envoie sur l'île de Skyros, où il restera caché déguisé en fille jusqu'à ce qu'Ulysse le démasque.
Achille a toutes les caractéristiques d'un être humain avec ses qualités et ses défauts.

Portrait général
Achille est un des principaux héros de l'Iliade, il commande aux Myrmidons. Considéré dans l'antiquité, comme un demi-dieu c'est un personage qui présente de nombreuses caractéristiques humaines. Il joue un rôle décisif dans la guerre de Troie. Il est connu pour ses différents exploits mais également pour son caractère peu facile. Il met à l'épreuve plusieurs fois son courage, notamment lorsqu'il décide de débarquer seul sur la plage face aux troyens. La première fois où Achille montre son courage est tout simplement lorsqu'il choisit de participer à la guerre de Troie malgré la désapprobation de sa mère et sachant qu'il court à une mort certaine. Il a cependant l'appui de son ami de toujours Patrocle ainsi que celui d'Ulysse aux mille ruses.

Les qualités d'Achille
Achille est un coureur remarquable, il a une rapidité impressionnante à la course. L'épithète homérique attaché à Achille dans l'Iliade est "Achille aux pieds légers", ou "Achille aux pieds rapides". Aucun humain ne peut rivaliser avec lui, seul le Scamandre, le fleuve rendu furieux par le carnage d'Achille parvient à le rattraper :
"Et le Pèléide fuyait par bonds d'un jet de lance, avec l'impétuosité de l'aigle noir, de l'aigle chasseur, le plus fort et le plus rapide des oiseaux. C'est ainsi qu'il fuyait. Et l'airain retentissait horriblement sur sa poitrine ; et il se dérobait en courant, mais le fleuve le poursuivait toujours à grand bruit. (...) C'est ainsi que le fleuve pressait toujours Akhilleus, malgré sa rapidité, car les dieux sont plus puissants que les hommes. Et toutes les fois que le divin et rapide Akhilleus tentait de s'arrêter, afin de voir si tous les Immortels qui habitent le large Ouranos voulaient l'épouvanter, autant de fois l'eau du fleuve divin se déroulait par-dessus ses épaules. Et, triste dans son cœur, il bondissait vers les hauteurs ; mais le Xanthos furieux heurtait obliquement ses genoux et dérobait le fond sous ses pieds.
extrait de l'Iliade chant XXI, traduit du grec ancien par Leconte de Lisle

Au combat Achille n'a jamais peur, seul le Scamandre réussit à l'affoler.

C'est un personnage sensible et fidèle en amitié. Lorsque son ami Patrocle se fait tuer par Hector, il est effondré et désespéré.
"Tandis qu'il roulait ceci dans son esprit et dans son cœur, le fils de l'illustre Nestôr s'approcha de lui, et, versant de chaudes larmes, dit la triste nouvelle :
- Hélas ! fils du belliqueux Pèleus, certes, tu vas entendre une triste nouvelle ; et plût aux Dieux que ceci ne fût point arrivé ! Patrocle gît mort, et tous combattent pour son cadavre nu, car Hector possède ses armes.
Il parla ainsi, et la noire nuée de la douleur enveloppa Achille, et il saisit de ses deux mains la poussière du foyer et la répandit sur sa tête, et il en souilla sa belle face ; et la noire poussière souilla sa tunique et, lui-même, étendu tout entier dans la poussière, gisait, et des deux mains arrachait sa chevelure. Et les femmes, que lui et Patrocle avaient prises, hurlaient violemment, affligées dans leur cœur ; et toutes, hors des tentes, entouraient le belliqueux achille, et elles se frappaient la poitrine, et leurs genoux étaient rompus. Antiloke aussi gémissait, répandant des larmes, et tenait les mains d'Achille qui sanglotait dans son noble cœur. Et le Nestôride craignait qu'il se tranchât la gorge avec l'airain. Achille poussait des sanglots terribles."
extrait de l'Iliade chant XVIII, traduit de l’ancien grec par Leconte de Lisle

Son désespoir est si fort et sa colère si grande qu'il décide, par fidélité envers son ami de tuer Hector. Juste avant de mourir voici le discours que ces deux ennemis se tiennent :
"Et Hector au casque mouvant lui répondit en mourant :
- Certes, je prévoyais, te connaissant bien, que je ne te fléchirais point, car ton cœur est de fer. Souviens-toi que les Dieux me vengeront le jour où Pâris et Phoibos Apollôn te tueront, malgré ton courage, devant les portes Skaies. Et la mort l'ayant interrompu, son âme s'envola de son corps chez Aidés, pleurant sa destinée mauvaise, sa vigueur et sa jeunesse.
Et Akhilleus dit à son cadavre : - Meurs ! Je subirai ma destinée quand Zeus et les autres Dieux le voudront".

extrait de l'Iliade chant XXII, traduit de l’ancien grec par Leconte de Lisle

Mais Achille sait être aussi sensible à la pitié. Il respecte le chagrin du vieux Priam lorsque celui-ci vient le supplier de lui rendre le corps de son fils.
"Achille, appelant les femmes, leur ordonna de laver le cadavre et de le parfumer à l'écart, afin que Priam ne vît point son fils, et de peur qu'en le voyant, le père ne pût contenir sa colère dans son cœur irrité, et qu'Achille, furieux, le tuât, en violant les ordres de Zeus. Et après que les femmes, ayant lavé et parfumé le cadavre, l'eurent enveloppé du beau manteau et de la tunique, Achille le souleva lui-même du lit funèbre, et, avec l'aide de ses compagnons, il le plaça sur le beau char. Puis, il appela en gémissant son cher compagnon :
- Ne t'irrite point contre moi, Patrocle, si tu apprends, chez Aidès, que j'ai rendu le divin Hector à son père bien-aimé ; car il m'a fait des présents honorables, dont je te réserve, comme il est juste, une part égale.
Ton fils t'est rendu, vieillard, comme tu l'as désiré. Il est couché sur un lit. Tu le verras et tu l'emporteras au retour d'Éôs."

extrait de l'Iliade chant XXIV, traduit de l’ancien grec par Leconte de Lisle

Toutes ses qualités illustrent le côté humain d'Achille. Mais son humanité se manifeste également par ses défauts. Il est représenté comme
un homme colérique

rancunier : il en veut à Agamemnon de lui avoir retiré Briséis, sa captive Troyenne et se retire alors du combat.
" Et Akhilleus aux pieds rapides, le regardant d'un œil sombre (Agamemnon), parla ainsi ;
[...]Quand vient l'heure du partage, la meilleure part est pour toi ; et, ployant sous la fatigue du combat, je retourne vers mes nefs, satisfait d'une récompense modique. Aujourd'hui, je pars pour la Phthiè, car mieux vaut regagner ma demeure sur mes nefs éperonnées. Et je ne pense point qu'après m'avoir outragé tu recueilles ici des dépouilles et des richesses.
Et le roi des hommes, Agamemnôn, lui répondit :
- Fuis, si ton cœur t'y pousse. Je ne te demande point de rester pour ma cause. Mille autres seront avec moi, surtout le très-sage Zeus. Tu m'es le plus odieux des rois nourris par le Kronide. Tu ne te plais que dans la dissension, la guerre et le combat. Si tu es brave, c'est que les Dieux l'ont voulu sans doute. Retourne dans ta demeure avec tes nefs et tes compagnons ; commande aux Myrmidones ; je n'ai nul souci de ta colère, mais je te préviens de ceci puisque Phoibos Apollôn m'enlève Khrysèis, je la renverrai sur une de mes nefs avec mes compagnons, et moi-même j'irai sous ta tente et j'en entraînerai Breisèis aux belles joues, qui fut ton partage, afin que tu comprennes que je suis plus puissant que toi, et que chacun redoute de se dire mon égal en face."

Iliade extrait, Chant I, l traduit de l’ancien grec par Leconte de Lisle.

animé de l'esprit de vengeance et orgueilleux : Achille se bat contre Hector car celui-ci a tué son ami Patrocle, en le prenant pour Achille : avant la mort de son adversaire, Achille se glorifie.
"[...]mais la lourde lance d'airain ne trancha point le gosier, et il pouvait encore parler. Il tomba dans la poussière, et le divin Akhilleus se glorifia ainsi : - Hektôr, tu pensais peut-être, après avoir tué Patroklos, n'avoir plus rien à craindre ? Tu ne songeais point à moi qui étais absent. Insensé ! un vengeur plus fort lui restait sur les nefs creuses, et c'était moi qui ai rompu tes genoux ! Va ! les chiens et les oiseaux te déchireront honteusement, et les Akhaiens enseveliront Patroklos ! "

Iliade extrait, Chant XXII, traduit de l’ancien grec par Leconte de Lisle

sauvage, cruel : il attache Hector à son char par les pieds (après l'avoir tué en un combat singulier) avec un bout de cuir qui lui transperce les chevilles, puis il le traîne ainsi jusqu'à son camp qui se trouve sur la plage de Troie...
« Il parla ainsi, et il outragea indignement le divin Hektôr. Il lui perça les tendons des deux pieds, entre le talon et la cheville, et il y passa des courroies. Et il l'attacha derrière le char, laissant traîner la tête. Puis, déposant les armes illustres dans le char, il y monta lui-même, et il fouetta les chevaux, qui s'élancèrent avec ardeur. Et le Priamide Hektôr était ainsi traîné dans un tourbillon de poussière, et ses cheveux noirs en étaient souillés, et sa tête était ensevelie dans la poussière, cette tête autrefois si belle que Zeus livrait maintenant à l'ennemi, pour être outragée sur la terre de la patrie »

Iliade extrait, Chant XXII, traduit de l’ancien grec par Leconte de Lisle

Achille est donc un personnage qui a des qualités et des défauts comme tout être humain. C'est la part "demi-humaine" du héros épique. Achille est mortel malgré toutes les précautions qu'avait prises sa mère.

A-t-il réellement existé ? Homère l'a-t-il créé de toutes pièces ?
Des guerriers valeureux, ayant le sens de l'honneur, fidèles à leurs engagements, capables de pitié, mais aussi rancuniers, colériques, orgueilleux et cruels parfois ont existé et existent encore, et Achille les représente tous. Nul n'a la preuve de son existence historique, et le fait qu'Alexandre le Grand soit allé sur sa tombe ne paraît pas un argument décisif. Il est sûr cependant que ce personnage a donné lieu à un véritable culte :
"En prenant la route qui conduit de Sparte dans l'Arcadie, vous trouverez d'abord, et en plein air, la statue d'Athéna Pareia ; ensuite le temple d'Achille, qu'il n'est pas permis d'ouvrir. Les adolescents qui doivent combattre dans la Plataniste, ont coutume de sacrifier à Achille avant le combat. Les Spartiates disent que ce temple a été érigé par Pracas, descendant à la troisième générationn de Pergamos, fils de Néoptolème*."
Pausanias Description de la Grèce La Laconie livre 3 Chapitre 20.
* fils d'Achille

Achille paraît un peu trop humain car il concentre, dans un seul personnage, des éléments qui en font un être hors normes.