La musique dans l'antiquité gréco-romaine
               

L'orgue hydraulique

Le mot orgue vient du grec organon.
Le 1er orgue a
été inventé par un Grec d'Alexandrie, Ctésibios, au III° siècle avant notre ère. 
Les premiers orgues fonctionnaient à l'eau (hydros en grec) et à l'air (aulos signifie flûte en grec). 

L'organiste (c'est ainsi qu'on appelle le joueur d'orgue) joue en actionnant une multitude de poignées. L'air circule à travers une canalisation sous la pression de l'eau et, pour finir, passe dans un tuyau qui produit un son.

Etude d'image:

mosaïque de Libye représentant quatre musiciens dans un amphithéâtre Mosaïque romaine(500 x 272)
époque : antiquité
conservée au Musée Jamahiriya, à Tripoli en Libye
fonction: décorative

Cette mosaique est une représentation de musiciens accompagnant les jeux romains dans l'Antiquité. L'orgue y était utilisée car elle a un son plus puissant que les autres instruments. le personnage à gauche, un homme habillé de blanc et de rouge, joue du tuba. Celui du milieu est une femme placée derrière son orgue hydraulique et les deux hommes de droite habillés comme  le premier  jouent du cor.

Copyright de la mosaïque 

Les explications de Vitruve

VIII. De hydraulicis organis.

1. De hydraulicis (60) autem quas habeant ratiocinationes, quam brevissime proximeque attingere potero et scriptura consequi, non praetermittam. De materia compacta basi, arca in ea ex aere fabricata collocatur. Supra basim eriguntur regulae dextra ac sinistra scalari forma compactae, quibus includuntur aerei modioli, fundulis anrbulatilibus ex torno subtiliter subactis, habentibus fixos in medio ferreos ancones (61), et verticulis cum vectibus coniunctos, pellibusque lanatis involutos (62). Item in summa planitia foramina circiter digitorum ternum, quibus foraminibus proxime in verticulis collocati aerei delphini (63), pendentia habent e catenis cymbala ex aere infra foramina modiolorum chalata.
2. Intra arcam, quo loci aqua sustinetur (64), inest pnigeus (65) uti infundibulum inversum, quem subter taxilli alti circiter digitorum ternum suppositi, librant spatium imum ima inter labra pnigeos et arcae fundum. Supra autem cerviculam eius coagmentata arcula sustinet caput machinae, quae Graece κανὼν μουσικὸς appellatur : in cuius longitudine canales, si tetrachordos est, sunt quatuor, si hexachordos, sex, si octochordos (66), octo.
3. Singulis autem canalibus singula epistomia (67) sunt inclusa, manubriis ferreis collocata : quae manubria quum torquentur, ex arca patefaciunt nares in canales. Ex canalibus autem canon habet ordinata in transverso foramina respondentia naribus, quae sunt in tabula summa, quae tabula Graece πίναξ dicitur. Inter tabulam et canona regulae sunt interpositae, ad eumdem modum foratae et oleo subactae, ut faciliter impellantur, et rursus introrsus reducantur, quae obturant ea foramina pleuritidesque appellantur, quarum itus et reditus (68) alias obturat, alias aperit terebrationes.
4. Hae regulae habent ferrea choragia (69) fixa et iuncta cum pinnis, quarum pinnarum tactus motiones efficit regularum. Continentur supra tabulam foramina, quae ex canalibus habent egressum spiritus : regulis aliis (70) sunt annuli agglutinati, quibus lingulae omnium includuntur organorum. E modiolis auteur fistulae sunt continenter coniunctae pnigeos cervicibus pertingentesque ad nares, quae sunt in arcula, in quibus asses sunt ex torno subacti et ibi collocati, qui, quum recipit arcula animam, spiritum non patientur obturantes foramina rursus redire.
5. Ita quum vectes extolluntur, ancones deducunt fundos modiolorum ad imum, delphinique, qui sunt in verticulis inclusi, chalantes in eos cymbala, replent spatia modiolorum, atque ancones, extollentes fundos intra modiolos vehementi pulsus crebritate, et obturantes foramina cymbalis superiora, aera, qui est ibi clausus, pressionibus coactum in fistulas cogunt, per quas in pnigea concurrit, et per eius cervices in arcam : motione vero vectium vehementiore spiritus frequens compressus epistomiorum aperturis influit, et replet anima canales.
6. Itaque quum pinnae manibus tactae propellunt et reducunt continentes regulas, alternis obturando foramina, alternis aperiundo, ex musicis artibus multiplicibus modulorum varietatibus sonantes excitant voces.

Quantum potui niti, ut obscura res per scripturam dilucide pronuntiaretur, contendi; sed haec non est facilis ratio, neque omnibus expedita ad intelligendum praeter eos, qui in his generibus habent exercitationem. Quod si qui parum intellexerint e scriptis, quum ipsam rem cognoscent, profecto invenient curiose et subtiliter omnia ordinata.


VIII. Des orgues hydrauliques.

1. Je n'omettrai point d'expliquer le mécanisme des orgues mises en jeu par le moyen de l'eau; mais je ne vais traiter cette matière que le plus succinctement que je pourrai, et avec le moins de mots possible. Sur une base faite avec du bois, on met un coffre de cuivre ; de cette base s'élèvent, à droite et à gauche, deux règles jointes ensemble en forme d'échelle; entre ces règles on enferme des cylindres creux en cuivre, avec des pistons parfaitement arrondis au tour et attachés à des branches de fer qui, faisant au milieu le coude à l'aide de charnières, tiennent elles-mêmes de la même manière à des leviers, et sont enveloppées de peaux encore garnies de leur laine. Dans la plaque qui forme le haut des cylindres, sont des trous de la grandeur d'environ trois doigts. Tout près de ces trous sont placés des dauphins de cuivre également attachés avec des charnières. Ils tiennent suspendus à des chaînes des cônes en cuivre qui, ayant leur base en bas, descendent dans les trous des cylindres.

2. Dans le coffre où l'eau est suspendue, il y a un puigée, espèce d'éteignoir, sous lequel on place des sortes de dés d'environ trois doigts qui laissent le même espace entre ses bords inférieurs et le fond du coffre. Au-dessus de son col, qui va en rétrécissant, est soudé un coffret qui soutient la partie supérieure de la machine appelée en grec κανὼν μουσικὸς (règle musicale) : cette partie a dans la longueur quatre canaux, si l'orgue est à quatre jeux; six, s'il est à six jeux; huit, s'il est à huit.

3. Chaque canal a un robinet, avec une clef de fer. Cette clef, quand on la tourne, laisse passer dans les canaux l'air renfermé dans le coffre. Le long de ces canaux qui traversent le κανὼν, il y a une rangée de trous qui répondent à d'autres qui sont dans la table supérieure, appelée en grec πίναξ (table). Entre cette table et le κανὼν, on place des règles percées en face des trous du κανὼν, et frottées d'huile pour qu'elles puissent être facilement poussées et ramenées à l'intérieur. Leur destination est de boucher les trous qui sont le long des canaux : on les appelle pleuritides (côtes); lorsqu'elles vont ou qu'elles viennent, elles donnent ou ôtent le vent aux tuyaux.

4. Ces règles ont des ressorts en fer qui les attachent aux marches; quand ces marches sont touchées, elles font remuer ces règles. Au-dessus de la table il y a des trous qui laissent sortir le vent des tuyaux. A d'autres règles encore sont soudés des anneaux dans lesquels sont enfermés les bouts de tous les tuyaux. Depuis les cylindres jusqu'au col du pnigée, s'étendent les uns à la suite des autres des conduits qui communiquent avec les trous du coffret. Dans ces trous sont placés des focets qui, les bouchant hermétiquement, ne laissent point ressortir le vent que renferme le coffret.

5. Ainsi, quand on lève les leviers, les tringles de fer coudées font couler les pistons jusqu'au fond des cylindres, et les dauphins qui sont retenus par des charnières, laissant descendre les cônes dans les cylindres, donnent entrée à l'air qui les remplit. Puis les tringles de fer, par le mouvement rapide imprimé aux pistons, les faisant monter dans les cylindres, et bouchant en même temps les ouvertures avec les cônes soulevés par la force de l'air intérieur, forcent cet air comprimé dans les cylindres par les coups de piston, à passer dans les conduits par lesquels il se précipite dans le pnigée, et de là, par son col, dans le coffret. Aussi, l'air fortement comprimé par la fréquente impulsion des leviers, entre par les ouvertures des robinets et remplit les canaux de vent.
6. Lors donc qu'une main habile touche les marches qui, en poussant continuellement les règles, et en les laissant revenir, ouvrent ou ferment le passage au vent, elle produit une grande harmonie par la nombreuse variété des inflexions.

6. J'ai cherché, autant qu'il était en mon pouvoir, à éclaircir, dans ce chapitre, une matière par elle-même fort obscure : c'est un instrument qui ne peut être facilement compris que par ceux qui en ont étudié de près toutes les parties. Et si la description que j'en donne est peu intelligible pour quelques personnes, je suis sûr qu'en le voyant exécuté, elles en trouveront le mécanisme aussi ingénieux que régulier.

Vitruve, L’architecture, X, 8

Sources:
Site image: flickr
Source Internet: Wikipédia
Source Vitruve: remacle
Les dossiers d'archéologie (n°L15957-Musique a Rome)

Nicolas, 4ème